Sans papiers mais pas sans amis
Dépêche AFP
"Sans papiers mais pas sans amis", c'est sous ce slogan que le Réseau Education sans frontières (RESF) qui milite depuis trois ans pour défendre les parents en situation irrégulière d'enfants scolarisés entend célébrer, à sa manière, l'anniversaire de la circulaire Sarkozy.
Du 13 au 30 juin, les 185 organisations qui composent ce réseau protéiforme ainsi que les nombreux enseignants et parents d'élèves sympathisants sont appelés à se mobiliser pour empêcher toute expulsion de jeunes majeurs scolarisés ou de parents sans papiers.
Le 1er juillet, un grand rassemblement parisien à Stalingrad, doublé d'un pique-nique, devrait clore cette semaine, un an après la circulaire Sarkozy du 13 juin 2006 qui avait organisé, sous conditions, la régularisation "exceptionnelle" d'étrangers en situation irrégulière dont au moins un enfant était scolarisé.
Cette circulaire avait été publiée à l'initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, dans un contexte de forte mobilisation du Réseau Education sans frontières pour empêcher les expulsions tant d'élèves majeurs que de parents sans-papiers d'enfants scolarisés.
En effet, à la rentrée 2005, Nicolas Sarkozy avait décrété un "sursis" afin que tout jeune majeur sans papiers puisse finir sans être inquiété l'année scolaire. Mais la fin de l'année scolaire approchant, RESF avait dénoncé "une chasse à l'enfant" et mobilisé tous ses sympathisants, faisant notamment signer une pétition, "Nous les prenons sous notre protection", à des dizaines de milliers de personnes.
Des "parrainages républicains" étaient organisées, des "people" mobilisés, un film "Laissez-les grandir ici!" tourné, signé d'un collectif de cinéastes et d'acteurs célèbres.
Sur plus de 30.000 demandes de régularisations présentées durant l'été dans le cadre de cette circulaire Sarkozy, 6.924 ont été acceptées, laissant plus de 23.000 demandeurs déboutés et au moins autant d'enfants dans l'incertitude du sort de leurs parents, soulignent les membres du Réseau.
L'idée du gouvernement, maintes fois défendue, notamment par Arno Klarsfeld, nommé l'été dernier médiateur pour faciliter les régularisations de parents, était - et reste - que l'"on ne peut envoyer aux étrangers le message +scolarisez vos enfant, vous serez régularisés+".
"Aujourd'hui, dit Richard Moyon, l'un des porte-paroles de RESF, la machine à fabriquer des quasi-orphelins en renvoyant l'un des parents à des milliers de kilomètres, fonctionne à plein!"
A toute annonce d'arrestation d'un parent sans-papiers, le Réseau demande à ses sympathisants de réagir en téléphonant, mailant ou faxant aux différents préfets concernés ou au "ministère de la Rafle et du Drapeau" comme il appelle le tout nouveau ministère de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement.
A cet égard, la libération du centre de rétention du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 8 juin dernier, d'Idriss Aykut, un père turc de trois enfants scolarisés à Bagneux (Hauts-de-Seine), est exemplaire de la force de ce réseau qui renouvelle formes et sociologie du militantisme.
En quelques jours, 1.300 signatures d'une pétition ont été rassemblées, plusieurs centaines de mails ont été envoyés au préfet des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne.

