BIBLIOTHEQUE DE L'ECOLE MODERNE
LE par C.Freinet .
EDITIONS DE L'ECOLE MODERNE FRANCAISE 1960, 1967, Coopératoive de l'Enseignement Laïc - Cannes |
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AVANT-PROPOS Il est dans toutes découvertes des
surprises qui étonnent les inventeurs eux-mêmes: la
masse se saisit parfois d'un aspect imprévu
de ces découvertes et pousse à fond dans une direction
qui risque de nêtre pas tout à fait celle prévue par les
initiateurs. Telle est l'aventure du Texte libre,
qui aurait tendance à se détacher de l'ensemble
harmonieux de nos techniques pour devenir un des
aspects les plus populaires de notre pédagogie. Nous avons garde, certes, de nous
opposer à une telle montée d'une pratique dont nous
redirons les bienfaits. Nous n'essaierons pas
davantage de la codifier prématurément, puisqu'elle va vers
la Vie, et que la vie est essentiellement mouvante,
dynamique, variable selon les milieux, selon les enfants,
selon les éducateurs, et que rien ne lui est plus mortel que
la scolastique dont nous ne cessons de dénoncer les
méfaits. Nous dirons ce qu'est vraiment, ce que
doit être la technique du Texte libre, si nous voulons quelle serve l'éducation moderne de nos enfants ;
nous montrerons les dangers a éviter ; nous en
rappellerons les fondements
et les techniques annexes,
les outils qui permettent d'en tirer le maximum de profits
pédagogiques. L'officialisation du Texte libre
dans l'École française est la première grande victoire de nos techniques. Elle marque un tournant de la pédagogie
vers une plus grande confiance en l'enfant. Elle est
le premier pas vers la généralisation de cette
modernisation de l'École dont l'urgence crève les yeux, mais qui
attend les ouvriers audacieux et décidés qui, à même leur classe, pratiquement, sont en train de faire
passer dans la réalité quotidienne les rêves
généreux des pédagogues
v
UN PEU D'HISTOIRE Le progrès, à notre époque, marche
à une allure qui devrait encourager les plus
sceptiques. Les éducateurs ils seront
bientôt la majorité en France qui se lancent plus ou
moins timidement dans la pratique du Texte libre et qui
n'auront pas connu dans toute leur rigidité les
méthodes aujourd'hui condamnées, auront bientôt tendance
à croire que le Texte libre est si souple, si
simple et si naturel, qu'il a été nécessairement connu de tous
temps. Comme l'enfant qui, monté sur sa bicyclette,
ne saurait imaginer un monde pas si lointain !
où la bicyclette était inconnue. Ajoutez; à cela la présomption de
ceux qui ne veulent recevoir de leçons de personne et qui vous diront: Euh ! le texte libre !... De
mon temps déjà !... Un rapide historique n'est peut-être
pas inutile pour rétablir la réalité des faits. v Lorsque, en 1934, j'ai commencé dans
ma petite école de Bar-sur-Loup (A.-M.) ma
technique de l'Imprimerie à l'École, et que j'ai eu l'idée de donner aux textes pensés, rédigés, écrits par
les enfants eux-mêmes les honneurs de l'imprimerie et de la
diffusion par le journal et par les échanges, je
heurtais de front une conception pédagogique générale et universelle, qui est loin
d'ailleurs d'avoir disparu. Des niaiseries d'enfants... me disaient les camarades de
Nice à qui je montrais clandestinement et
timidement mes premiers essais... Navons-nous pas dans
nos livres de classe des textes autrement intéressants et d'une incontestable tenue
littéraire?... Et crois-tu qu'on t'aurait attendu pour faire cette découverte? Des textes d'enfants ! écrivait-on alors dans les revues
pédagogiques. Nous savons hélas ! ce que les élèves
peuvent sortir de leur pauvre cervelle, si nous ne
les y aidons pas. Voyez leurs rédactions, pour lesquelles nous en sommes réduits à leur
préparer le plan, les paragraphes, et même les idées à exprimer. Pensez-vous
vraiment qu'on puisse, sur une si notable indigence, baser
une formule éducative? Il m'était facile de répondre que cette indigence était
en effet toute scolastique et qu'elle était, dans ce domaine,
irrémédiable, mais que les choses changeaient totalement
dès que l'enfant, dans un milieu vivifie, était
en mesure d'exprimer sa vie, ses jeux et ses travaux, ses
pensées et ses rêves, et j'en apportais les premières preuves. Elles n'empêchaient pas une collègue à qui je montrais nos
premiers textes imprimés de me plaindre. Je vous reconnais bien là... Vous ne ferez jamais
rien de pratique !... En juillet 1936, nous venions de sortir le numéro 1 de
notre collection ENFANTINES: Histoire dun petit garçon
dans la montagne. C'était un petit livret de douze pages
sous couverture cartonnée, contenant un délicieux texte d'enfant, illustré par des
dessins d'enfants, ce qui était aussi une inconcevable originalité pour une époque où la méthode la plus avancée faisait dessiner des carottes ou peindre des marmites. Nous avions donc sorti notre numéro 1 et, comme tous les parents, nous étions émerveillés de notre enfant. Nous devions nous rendre le lendemain au Congrès de Tours des Instituteurs, et nous tâchions d'imaginer laccueil qui allait être réservé à cette petite
merveille qui venait d'éclore. Faut-il en porter 100? Il n'y en aura pas assez !... Prenons-en 200 ! Hélas ! Pour un peu, nul ne nous demandait ce que nous avions réalisé là... C'était pure lubie d'original... Quel intérêt voulez-vous que les enfants prennent à la lecture de textes si simples, si près de leur propre vie...
Donnons-leur du Margueritte, du Victor Hugo ou
du George Sand ! Il y avait vraiment de quoi nous décourager. Qui nous a soutenus en nous renouvelant chaque jour l'assurance que nous étions sur la bonne voie, et une voie fructueuse, qui nous réservait de réconfortantes surprises?
Les enfants!... Nous nous rendions évidemment compte que là, nous étions sur le solide. Les élèves les plus rebelles à l'enseignement traditionnel à base de manuels d'adultes,
étaient accrochés définitivement par ces pratiques à
leur mesure, par ces expressions de vie qui les replaçaient enfin dans leur milieu ; ils
se mettaient à parier, puis à écrire ; les yeux brillaient ; l'intelligence s'éveillait. Des possibilités infinies s'ouvraient devant nous parce
que nous avions retrouvé la vie. Et chaque fois que
fut faite la même épreuve des enfants, hors de tout parti-pris
scolastique, ce fut le même succès radical. Lorsque, dès 1935 je communiquai le premier Livre de Vie réalisé dans notre école, à quelques
instituteurs passionnés de pédagogie, je reçus des réponses enthousiasmantes
; Jamais, à ma grande surprise, mes élèves n'avaient
écouté une lecture avec plus de profonde attention!... Ils buvaient du lait, m'écrivait un autre camarade. Et quand, dès 1935 aussi, commença notre échange régulier d'imprimés avec l'école de Trégunc St Philibert (Finistère) où notre vieil ami Daniel venait d'acheter l'imprimerie, quel intérêt soutenu, quel entrain ! Que de pistes nouvelles s'ouvraient à notre pédagogie !
Et ainsi, peu à peu, nos textes
d'enfants ont fait tache d'huile. Des instituteurs,
intrigués, les ont soumis
à leurs élèves. Et la
révélation de l'intérêt qu'ils y portaient les a illuminés. Pour en accélérer la diffusion, nous
avons publié dès 1936 une Gerbe de textes d'enfants
qui, sous des formes diverses s'est continuée pendant
vingt ans. Pendant vingt ans, non sans de dramatiques
sacrifices d'argent, nous
avons donné ainsi des
exemples innombrables des richesses que sont capables de nous offrir des
enfants qui ont enfin la possibilité de s'intéresser au
monde ambiant et de nous dire sous la forme qui convient à
leur tempérament prose ou poésie, chant,
dessin, enquêtes, contes, réalisations manuelles leurs besoins véritables
sur lesquels nous pourrons bâtir alors une inébranlable pédagogie. Les scoliastres avaient essayé de rayer de la vie le
babil qui fait le charme de l'enfance et sans lequel rien
ne serait des acquisitions ultérieures. Nous rétablissions les voies naturelles dont on
ne s'écarte jamais sans danger. La bataille a été dure. Si les enfants étaient gagnés d'emblée,
les éducateurs ont toujours été autrement réticents. Pour si paradoxal que cela soit, ce que eux, les plus directement
intéressés, nous refusaient, de grands écrivains
comme Romain Rolland et Henri Barbusse ne
nous l'ont pas ménagé. Eux n'avaient point perdu ce
contact magique avec la vie ; ils sentaient d'emblée cette
envolée à laquelle les professionnels restaient inaccessibles.
De temps en temps, quand il recevait une
de nos Gerbes particulièrement réussie, le grand Romain
Rolland prenait sa plume et nous disait son enthousiasme
d'artiste et son étonnement à la lecture d'uvres
dont il sentait toute la profonde résonance. Ainsi, patiemment, mois après mois, nos publications diverses ont
porté dans tous les coins de France et
à l'étranger le message ardent d'une pédagogie à la
mesure de l'enfant. Chaque jour, chaque année des centaines
et des milliers d'éducateurs sont venus se joindre
au noyau primitif d'illuminés dont les rêves devenaient
lentement réalité. La cause est maintenant gagnée. Les textes d'enfants, la
pensée et les uvres d'enfants ont désormais droit de
cité. Les manuels scolaires défendent âprement leurs prérogatives,
mais on admet aujourd'hui que les enfants puissent
se passionner à écrire leurs textes et à lire les
histoires vivantes d'autres enfants. Une révolution s'est
accomplie dont les conséquences auront longtemps encore
des répercussions importantes sur le nouveau climat
de l'École et le comportement des éducateurs. Qu'on ne s'y trompe pas. La faveur dont jouit actuellement,
même dans les sphères officielles, la pratique du texte libre, n'est pas un don du ciel,
mais une lente et opiniâtre conquête des éducateurs de notre mouvement,
qui ont montré, par leurs réalisations, la
splendeur de l'uvre nouvelle. On sait maintenant que l'expression libre: Passionne les enfants, et non seulement les auteurs
mais les lecteurs aussi, surtout s'ils peuvent, à
leur tour, devenir auteurs ; Les ouvre affectivement et pédagogiquement à la
connaissance des éléments fondamentaux de la culture ; Se prête donc tout particulièrement à l'expression
pédagogique que nous recommandons ; Change l'atmosphère de la classe, en changeant notamment
les rapports du milieu et en incitant, pratiquement, les éducateurs à considérer en lenfant,
non l'élève tel que la scolastique en avait dressé lartificiel prototype,
mais l'éminente valeur de la fleur qui va éclore et
dont nous devons soigner la fructification. A nous tous de continuer et de promouvoir l'uvre entreprise. |
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Le texte libre base dune pédagogie vivante |
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LE TEXTE LIBRE DOIT
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A lécole maternelle etdans la classe enfantine |
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| C'EST naturellement à ce degré que la pratique du Texte libre est le plus facile à introduire dans nos classes, et avec le succès le plus spectaculaire. LE TEXTE LIBRE ORAL L'enfant nous arrive neuf et confiant, habitué à l'expression
libre de la famille et de la rue. Les méthodes scolastiques, même d'éducation nouvelle
nécessitaient, dès les premières heures, un dressage anormal qui
refoulait certains besoins essentiels et vitaux pour les
asservir aux nécessités scolaires et sociales. Avec les
premiers exercices, les premiers livres, les premiers devoirs,
l'enfant quittait son monde à lui pour entrer prématurément et dangereusement dans le
monde des adultes, par la lecture et la copie de textes qui n'avaient que
très exceptionnellement une résonance dans sa propre
vie. Il en résultait tout de suite un hiatus, une coupure, dont
les psychologues et les psychanalystes ont dénoncé, avant
les pédagogues, les graves dangers. Nous rétablissons l'unité de la vie de l'enfant. Celui-ci
ne laissera pas une partie et la plus intime
de lui-même à la porte de l'École pour y revêtir une défroque
qui, même embellie et modernisée, n'en sera pas
moins une chape d'écolier. Nous ferons comme la maman: nous écouterons nos
bambins parler librement, en prêtant à chacun d'eux
une attention sympathique. Puis et c'est là que
commence le rôle éminent du pédagogue nous détecterons,
dans cette avalanche d'histoires, les pistes qui
nous paraissent les plus fertiles pour la tâche que nous
allons entreprendre. Nous rédigeons ainsi un texte de deux ou trois lignes
au maximum qui sera l'expression actuelle de notre
classe. Ce seront certes, d'abord, les histoires courantes de
petits enfants, mais qui n'en sont pas moins les éléments majeurs de leur vie. En Bretagne, j'ai vu la mer... Au stade on ramasse des glands... Le coiffeur a coupé mes cheveux «à la brosse »... Le petit chat de Mariette tète avec le biberon de la
poupée... Ou bien ces textes accompagnent et expliquent des
dessins libres : Un écureuil rosé avec une queue à l'envers dans un arbre jaune. Sylvette s'est coupé les cheveux sans
que maman la voie. Maman lui a dit : Tu ressembles à une romanichelle.
Pour accéder ensuite à ces textes qui semblent déjà dégagés
de tout infantilisme pour atteindre à une subtilité, à une profondeur, à une maturité
dont l'école avait bien définitivement effacé la trace. Mon papa est arrivé de son bateau et il est reparti. La mer est partie en voyage chercher ses bateaux. Les vagues viennent sur le sable chercher les coquillages pour
faire un collier à la mer. Ce matin, le brouillard a mis tous les arbres de mon jardin
dans un panier de soie. Le soir, je vois souvent le soleil se coucher. On dirait qu'il
s'accroche aux branches pour dormir. Ce matin je courais Et la Lune courait
Je voulais la rattraper Mais je ne le pouvais pas Je courais Je courais Je ne pouvais pas l'attraper Je me suis arrêté Elle aussi Je suis reparti On aurait dit qu'elle me tombait dessus Nous écrivons le texte au tableau, en script de préférence,
ou en script lié. Et sur ce texte, nous appuierons tous les travaux qui ont été prévus
dans notre brochure : La lecture par l'Imprimerie à l'École[1] . Si nous avons un limographe, et surtout l'imprimerie, la
motivation donnera tout de suite à plein et sans exercices scolastiques, par la vie, le langage, l'écriture,
la copie, le dessin, la mimique et le chant, nous accéderons
bien vite aux formes supérieures d'expression. LE TEXTE LIBRE ÉCRIT Par cette technique naturelle de travail, l'enfant éprouve
de très bonne heure le besoin d'écrire lui-même, et
alors apparaît le premier texte libre ou la première lettre.
L'enfant, muni de son stylo-bille, qu'il ne manuvre encore que fort maladroitement,
écrit ce qu'il a envie de dire à son maître ou à ses camarades. Cette écriture
est certes d'un genre tout particulier, qu'il faudra
nous entraîner à lire [2]. Mais dès que nous déchiffrons la pensée de l'enfant, le
charme opère. Qu'elle soit en phrases enfantines où chaque
lettre prend la valeur d'un son complet ou d'une
syllabe, en français correct ou en patois, ou en sténographie,
l'expression a atteint son but de communication. Des relations nouvelles s'établissent,
qui donnent aux individus ce sentiment de plénitude qui est
élévation et éducation. L'enfant lit son texte à ses camarades, en interprétant
lui-même les signes inscrits. Ou bien nous le lisons
nous-mêmes, en nous faisant aider par lauteur si
nécessaire. Aucune rigidité scolastique dans ce
travail : ne laissez pas l'enfant s'énerver ou
bredouiller devant un texte qu'il ne sait plus totalement
identifier ; ne le grondez pas ; ne vous moquez jamais de lui. Au contraire, encouragez-le
sans cesse, admirez ses trouvailles, interrogez-le pour faire préciser les points
obscurs. Laissez-lui toujours cette impression réconfortante quil sait écrire, puisque vous comprenez, à
travers son texte, ce qu'il a voulu exprimer et que là
réside sa définitive conquête. Procédez ensuite au vote des textes
lus. Là aussi, aucune raideur formaliste. A cet âge,
le choix par vote est plutôt symbolique. Il faut savoir
ménager toutes les susceptibilités, encourager les
hésitants et s'arranger pour que chaque élève à son tour, ait
les honneurs de l'imprimé. La mise au point du texte constituera
un des meilleurs exercices de construction de
phrases, de grammaire, de vocabulaire et de lecture
silencieuse l'enfant s'appliquant tout
naturellement à retrouver sous les mots la signification vivante
ce qui est lecture,
même s'il n'y a pas
exercice formel. Les enfants copient le texte, le
lisent globalement. Vous pouvez sur ce texte amorcer une
petite chasse aux mots en écrivant au tableau les
mots suscités par le texte ou se rapportant à certaines
difficultés (pluriel, noms en al, x, etc...) Les enfants composent, illustrent,
dessinent. Le texte libre du matin a bien été mené
à son terme en devenant page de vie, intégrée à
l'activité générale de
la classe. Si même vous n'êtes pas équipé
pour tirer de ce texte original tout le bénéfice
pédagogique qu'il vous offre, vous n'en aurez pas moins
introduit dans votre classe, par cette pratique du texte
libre un extraordinaire élément de vie et d'intérêt. Naturellement, cette technique est
valable dans les sections enfantines et préparatoires
des écoles à classe unique ou dans les classes à
plusieurs cours. Il suffira d'organiser le travail des diverses équipes en fonction des possibilités nouvelles, le texte
libre n'étant que le point de départ, l'élément central
d'une reconsidération totale de notre pédagogie, selon des
principes que nous préciserons dans les livres à
paraître. Les expériences menées jusqu'à ce
jour à ce degré sont décisives. Le texte libre n'a que
des avantages, surtout si, par l'imprimerie, le journal
scolaire et les échanges il permet un apprentissage
naturel de la lecture et de l'écriture, formule
idéale pour la pédagogie d'aujourd'hui et de demain. |
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Au cours préparatoire,
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| L'enfant sait maintenant rédiger des textes, c'est-à-dire
exprimer sa pensée par écrit. Mais il doit
en même temps, conformément aux programmes, acquérir
un certain nombre de notions et connaissances, aborder
la culture de base que doit assurer l'enseignement du second degré. Le problème se complique du fait que nous avons alors
à détrôner un certain nombre de pratiques séculaires manuels scolaires,
rédactions, devoirs, leçons
et que le Texte libre n'y parviendra progressivement que
s'il s'avère mieux susceptible d'atteindre les buts normaux de l'École, compte tenu des désirs des parents, du souci des inspecteurs et de la réussite aux examens. RÉDACTION LIBRE DES TEXTES Nous avons mis en garde, au début de ce livre, contre
la tendance à scolastiser le texte libre, c'est-à-dire à en asservir l'inspiration et
la fantaisie au rythme de
la classe. Il ne faut pas oublier en effet certains impératifs du
Texte libre qui en conditionnent les caractéristiques essentielles
et évitent la dégénérescence dont vous risquez
très vite d'être les victimes. a) Le Texte libre doit être libre, comme nous l'avons indiqué
ci-dessus. Mais si, avec les tout-petits, il est jaillissement presque
spontané, expression profonde et fugitive aussi des
pensées et des réactions du moment, il n'en est pas
forcément de même avec des élèves plus âgés. L'idée à exprimer doit être absolument libre. Mais l'expression
peut et doit déjà être travaillée le plus possible. L'enfant a écrit son brouillon. S'il ne peut pas faire
mieux nous l'accepterons et l'auteur pourra le lire.
Il se rendra vite compte à l'expérience, que cette lecture
est difficile parce que justement le texte n'est qu'un brouillon, et que ce premier jet
parfois difficile à déchiffrer, ne porte pas sur les auditeurs, qui ont moins tendance
à le choisir pour l'impression. Il faut éviter certes, d'interdire d'autorité la lecture d'un
brouillon, et donc d'obliger l'enfant à un travail de
mise au point pour lequel il n'a pas encore maîtrisé la
technique ce qui peut le décourager d'écrire. Je préfère, pendant l'heure de travail libre de l'après-midi,
ou le matin à l'entrée en classe, examiner en
privé, le texte de tel ou tel enfant. Pour cet examen, il
nous faudra dépouiller le plus possible le vieux maître : évitons
de souligner les fautes, de barrer des passages et
de mettre en marge : Illisible. Nous devons apporter humblement notre part de maître
et aider l'auteur à faire mieux. Le sujet ne peut être qu'ébauché. Nous interrogeons alors
l'enfant pour enrichir son idée et sa pensée. Nous l'aidons
à mieux exprimer cette pensée en reprenant et
en complétant les phrases écrites, en les ordonnant mieux,
en les fleurissant si possible. Au début, il ne faut pas craindre avec les débutants, avec
ceux qui, pour diverses raisons, s'expriment difficilement, d'apporter une large part du
maître, parfois même 80%. L'essentiel est que l'enfant ait le sentiment que
ce sont ses pensées et ses idées à lui, que ce qui est
écrit, c'est lui qui l'a dit. Pratiquez en cela comme la
maman qui aide l'enfant à mettre le couvert en soutenant l'une après l'autre chaque
assiette elle aurait
certes plus vite mis le couvert elle-même
mais qui dit alors, dans un air de victoire : Tu vois, tu as mis le couvert tout seul. Tu es un
homme maintenant. L'auteur ira alors copier précautionneusement sur son
cahier, son texte ainsi préparé. Il le lira avec quelque orgueil,
et souvent avec succès car, ainsi préparé et mis en valeur il a naturellement plus de
chances d'être adopté. Il se peut que, au début, les camarades disent: C'est le maître qui l'a fait... Non, il m'a à peine aidé. Et ne manquez pas d'assurer, vous aussi, que ce texte
est bien de l'auteur. Une autre fois l'enfant s'appliquera mieux. Il aura déjà
profité de votre expérience. Il viendra encore vous consulter.
Il volera ensuite de ses propres ailes mais il aura
pris l'habitude, sans obligation, naturellement, de soigner,
au fond et dans sa forme, son texte libre. b) L'abondance des textes libres est fonction de la motivation
que vous saurez lui donner. Un camarade me disait : J'ai bien essayé le texte libre. Mais cela n'a été
qu'un feu de paille. Le premier engouement passé, je
n'avais plus de textes, ou bien c'étaient seulement deux
ou trois spécialistes qui écrivaient. Je lui demande : Mais as-tu un journal? Fais-tu de la correspondance? Le camarade n'avait rien de tout cela. Il n'avait pris
que le texte libre. Alors ses élèves n'avaient pas plus de raisons d'écrire
que lorsqu'on leur imposait une rédaction. C'est comme
s'il parlaient et que personne ne les écoute. Rédige un journal scolaire, même limographié. Les enfants
auront alors un public, des auditeurs. Tu auras tous
les jours dix, vingt textes dont quelques-uns de qualité.
Il y aura quelque chose de changé dans ton enseignement. c) Autre élément partiel ou total du texte libre : sa scolastisation.
Nombreux sont les camarades au sein de
notre mouvement qui font du texte libre le centre d'intérêt
pour le travail de plusieurs jours : ils choisissent le texte par vote le lundi matin, le
mettent au point au tableau et le composent. Le mardi, ils pratiquent l'exploitation dont nous allons
parler, avec textes d'auteurs et exercices correspondants. Ce n'est que le vendredi qu'il y a un nouveau texte libre. Ou bien il n'y a qu'un texte libre par semaine, les autres jours étant occupés à des travaux scolaires correspondant directement ou no | |