BEM

33-34

 

Le fichier
scolaire
documentaire

par

Le commission de l'ICEM
sous la direction de
R. BELPERRON

 

BIBLIOTHEQUE DE L'ECOLE MODERNE

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SOMMAIRE :

 Première partie

 Comment réaliser un fichier
-Nécessité d’une documentation
-Où trouver des documents ? Comment les collecter
-Mais il faut classer les documents
-Il faut maintenant un classeur et un mode de rangement 

Deuxième partie

 Comment utiliser le fichier
-L’enfant peut utiliser le fichier
-Le fichier à l’école traditionnelle
-Le fichier à l’école moderne – vers le complexe d’intérêts
-Le fichier scolaire documentaire dans l’enseignement du français 

Troisième partie

 Adaptation aux différents cours
-CM et FE – 20 élèves en campagne
-CP et CE – 20 élèves en campagne
-Le fichier avec des enfants du CE
-Le fichier à l’école maternelle
-Le fichier au CEG
-Collège agricole féminin, classe de 4e
-Le fichier dans l’enseignement post-scolaire agricole

Première partie

Comment réaliser
un fichier

 

Nécessité d’une documentation

 1° De beaux livres, oui…mais…

 L’usage du manuel scolaire est universellement répandu dans nos classes de France.

Tout le monde est d’accord pour reconnaître que les manuels scolaires actuellement lancés sur le marché par les maisons d’édition ont en général une belle présentation, sont enrichis de belles gravures, de riches photographies, de couleurs variées. Les auteurs s’efforcent de rendre leur contenu moins rébarbatif que par le passé et font assez souvent appel à l’activité des enfants.

Cependant, il ne semble pas que ces manuels soient suffisants pour la conduite d’une classe, quelle soit par ailleurs la méthode pédagogique employée.

D’abord, tous les livres de classe n’ont pas une valeur pédagogique incontestée. Beaucoup d’entre eux n’ont été que rajeunis… parfois par un simple changement de couverture.

 Comme ils coûtent cher, il n’est pas toujours possible de remplacer ceux qui sont périmés. Très vite d’ailleurs, certaines des notions présentées sont devenues anachroniques, en géographie, en sciences par exemple.

 En y regardant de près, on s’aperçoit même que souvent certains enseignements sont présentés d’une manière nettement en contradiction avec les instructions officielles.

 En voulant être complet, le livre de classe est trop souvent une suite de résumés, de raccourcis indigestes. Les nombreux questionnaires qu’il contient contribuent à le rendre plus rébarbatif encore pour l’enfant car globalement le travail lui paraît insurmontable. Il faut alors au maître beaucoup de sens pédagogique et une expérience de nombreuses années de classe pour savoir choisir ce qui convient à ses élèves, pour abandonner une bonne partie du contenu, en un mot pour ne pas être esclave du manuel.

 Ce contenu, qui a la prétention d’être valable pour tous les écoliers de France est à peu près toujours inadapté à telle classe, à tel élève. Il s’ensuit une utilisation fort difficile, voie impossible. Les exercices qui suivent chaque leçon, sont eux aussi très souvent inadaptés aux élèves à qui ils s’adressent parce qu’ils sont écrits dans un vocabulaire complexe, et présentés sous une forme peut-être rationnelle pour une esprit adulte mais qui déroute les enfants. 

En fait, l’enfant qui pourtant s’intéresse aux pages scientifiques, géographiques ou historiques des bons journaux d’enfants se détourne de ses livres de classe et les éducateurs eux-mêmes au fur et à mesure qu’ils acquièrent de l’expérience utilisent de moins en moins les manuels quand ils ne les abandonnent pas complètement.

 On pourrait encore trouver bien d’autres tares aux manuels scolaires.

En faisant un découpage systématique de l’ensemble des programmes pour chaque cours, le livre ne tient nullement compte des difficultés de compréhension variables selon les tranches de ce programme. Le livre présente une progression continue, apparemment rationnelle, mais dont le décalage avec le rythme d’assimilation des enfants apparaît vite.

 Dans certains cas même, le livre scolaire n’est d’aucun secours, par exemple pour l’étude de la géographie et de l’histoire locales et surtout lorsque l’enfant pose des questions- et au rythme de la vie moderne il a de plus en plus de questions à poser.

 Aussi bon, aussi complet soit-il, jamais un livre de classe ne peut apporter de réponse à tout ce que l’actualité, dont les vagues battent aux portes de l’école, et que l’on ne peut ignorer, entraîne de « pourquoi ? », de « où », de « comment ».

 

 2° Le document est entré dans toutes les classes.

Aussi bien tous les maîtres, quelles que soient leurs méthodes de travail, ne peuvent pas se contenter des manuels scolaires.

 Ils ont le souci constant, pour compléter ou pour remplacer les manuels, de rechercher des documents divers.

Il y a 25 ans, quand nous avons entrepris la réalisation d’un fichier scolaire documentaire que nous appelions « coopératif », la documentation était rare dans nos milieux. Les hebdomadaires illustrés n’existaient pas, la radio était à ses débuts et la télévision n’était pas encore découverte.

Il s'agissait alors pour nous d’éditer la documentation qui nous manquait : textes d’auteurs, extraits chiffrés de statistiques diverses, fiches-guides établies par le maître, dessins car les photos elles-mêmes étaient rares et chères et on n’en faisait qu’un usage réduit.

Notre initiative a ouvert des portes insoupçonnées. Progressivement des documents de toutes sortes ont fait leur apparition dans nos classes pour illustrer les leçons, pour vivifier l’enseignement. Maintenant, nous avons trop de choses : cartes postales, dépliants, articles, de journaux, de revues, photos, radio, télévision, diapositives. Il nous faut choisir, élaguer, ne conserver que ce qui est vraiment valable, et ce n’est pas là le plus facile.

Quoi qu’il en soit, pour tous les maîtres, pour toutes les classes, du cours préparatoire aux classes du second degré, le manuel scolaire est devenu un instrument de culture insuffisant.

Cette brochure a pour but :

     - De guider les maîtres dans la glane aux documents.
     - De leur présenter un classement rationnel et universel de ces documents.
     - De leur proposer une utilisation efficiente des documents rassemblés et classés, dans tous les cours.

 

 

3° Le document à l’école moderne

 

Il est donc entendu que les documents sont d’une utilité incontestable dans toutes les classes. Mais pour les classes engagées sur la voie tracée par Freinet, le fichier de documentation est absolument indispensable.

 Dans nos classes, nous partons de l’enfant, de la vie, des soucis, des besoins et des rêves de l’enfant dans son milieu. Mais alors, aucune maison d’édition ne saurait prévoir, ni aucun ministre édicter ce que maîtres et élèves devront dans leur région, dans leur village au cours de telle journée ou de telle autre.

Pour cette forme d’éducation, les manuels ne sont absolument plus valables.

 Nous avons déjà des outils bien rodés : le texte libre, le journal scolaire, la correspondance interscolaire.

Nous devons avoir aussi la documentation qui nous apporte, sur tous les sujets qui surviennent, tous les renseignements dont nous avons besoin.

 Nous préciserons, dans la deuxième partie de cet ouvrage, comment nous utilisons pratiquement les documents, mais dès l’abord donnons le principe de cette utilisation.

 Lors que nos élèves ont leur intérêt éveillé par un événement qui les touche d’une façon ou d’une autre, leur appétit de savoir en est à tel point aiguisé, qu’il faut à tout prix, très vite, les satisfaire.

Prenons un exemple :

 Nous habitons un petit village au bord du Doubs. De temps à autre, le Doubs, rivière d’ordinaire paisible et calme, se met dans une colère folle. Alors, elle rompt ses digues, envahit les fermes, détruit les récoltes, coupe les routes. Il faut évacuer le bétail, essayer de colmater les brèches dans les digues, monter les meubles au grenier et envoyer, toute la marmaille chez le cousin du haut qui, lui ne risque pas d’être touché par la fureur des flots.

Alors, le village tout entier et l’Ecole vibrent de cet intérêt majeur, et les textes libres sont le reflet de l’activité fébrile, de la rude lutte de l’homme contre les événements, de l’angoisse qui envahit les coeurs.

Nous avons là un véritable centre d’intérêt et non pas un de ces centres d’intérêt préfabriqués par un collaborateur de journal pédagogique tapi derrière son bureau.

Ce centre d’intérêt, nous allons le transformer en complexe d’intérêt.

 

4° Qu’est-ce que le Complexe d’intérêt ?

 

Le centre d’intérêt : « le Doubs en crue » va occuper les activités de la classe durant des jours, peut-être des semaines. Il nous faudra :

a) Parler du Doubs, de son cours, de son débit, de ses affluents, de ses mortes (ancien lit formant des bras d'eau stagnante, reliés au fleuve au moment des crues), de son régime, c’est de la géographie.

b) Rappeler les inondations restées célèbres dans les annales du village, d’où enquêtes auprès des habitants : et de là rechercher les inondations produites par d’autres fleuves en France et ailleurs ; c’est de l’histoire et encore de la géographie.

c) Il nous faudra distinguer les inondations bienfaisantes(crues du Nil, irrigations diverses) de celles qui sont catastrophiques. Puis les enfants voudront savoir les causes des inondations (et nous passons tout naturellement à l’étude scientifique de la question) et les moyens mis en œuvre par l’homme pour se protéger contre les crues du fleuve(digues, barrages, enrochement, épis, etc…)

d) Il faudra recueillir des textes d’écrivains, des articles de journaux, des reproductions photographiques, car la lecture et les dictées ainsi que le vocabulaire, bref tout ce qui constitue l’étude de la langue se fera à partir de textes traitant des crues et d’inondations.

e) Le calcul même fera partie du complexe d’intérêt pris dans la vie : notions de débit, de vitesse d’un courant, de volume d’eau…

f) La morale et l’instruction civique y trouveront aussi leur compte : la solidarité ne joue-t-elle pas en plein entre les habitants du "Bas" menacés et les habitants du "Haut" qui en masse se portent à leur aide ? Et les conditions d’édification des digues sur l’une ou l’autre rive sont bien propres à amorcer des méditations sur le civisme des uns  et des autres, chaque village accusant son vis-à-vis de vouloir rejeter les eaux furieuses sur son propre territoire.

 Tout le travail que nous ferons sous l’impulsion de l’enthousiasme ainsi suscité par la Vie sera profitable souvent à cent pour cent. Mais nous venons de voir que la vie se présente dans toute sa complexité. Dix, cent questions se posent et seront posés. Le maître pourra-t-il y répondre lui-même ? Il n’en aura pas la possibilité. Et ce ne serait d’ailleurs pas tellement souhaitable. Il vaut mieux habituer l’enfant à chercher comme nous le faisons nous-mêmes la documentation dont il a besoin.

Mais encore faut-il lui en donner les moyens. Dans ce cas, est-ce que les manuels scolaires nous seront d’un grand secours ? Assurément non.

Le maître peut-être, apportera quelques bribes de savoir ; l’enquête dans le village pourra donner une bonne part de réponses. Le livre de lecture en usage dans la classe contiendra peut-être un texte relatif à la crue d’un fleuve ; le manuel de géographie nous initiera à ce que l’on appelle « débit »et « régime » d’un cours d’eau, et puis… plus rien. Même si la bibliothèque du maître est bien garnie, même s’il est abonné à différentes revues culturelles et scientifiques, les documents utiles au complexe d’intérêt, cachés entre les pages de ci et de là, ne pourront presque jamais être exhumés, faute de temps et d’une bonne méthode de classification rationnelle. Et puis, nous ne pouvons pas demander aux enfants de lire de nombreux livres pour trouver le document recherché. L’enfant se découragera, le maître s’énervera et rien de valable ne sera fait. Bien vite, on abandonnera la technique si profitable du « complexe d’intérêt » pour reprendre les sentiers battus et suivre tout bonnement les leçons prédigérées et sans vie des manuels scolaires.

 Nous avons voulu montrer par cet exemple concret que le maître qui veut modifier son travail pédagogique dans le sens des techniques de l’Ecole moderne, doit bien être persuadé que le fichier documentaire est un outil absolument indispensable.

Nous ne craignons même pas d’affirmer qu’il est dangereux de s’aventurer trop avant dans cette voie si l’on ne possède pas cet instrument irremplaçable.

Il faut dire cependant, que le fait même de se mettre à constituer un fichier de documentation est pour le maître et pour les élèves une des meilleures façons de se lancer et d’avancer sur le chemin de l’Ecole moderne telle que l’a définie Freinet.

 

OU TROUVER LES DOCUMENTS ?

COMMENT LES CLASSER ?

 

Sous le vocable de « documents », on désigne tout aussi bien les objets que les films fixes ou animés, les diapositives, les disques, les bandes magnétiques, les collections de produits, de denrées, de matériaux divers, ou que les reproductions sur papier : photos, dessins, textes.

 Ce sont des documents sur papier dont nous parlerons dans cet ouvrage.

 Mais par extrapolation, et sous réserve de quelques modifications de détails, tout ce que nous écririons est valable pour tout document quels qu’ils soient.

 1° Dans le commerce

Différentes maisons d’édition éditent des documents photographiques ou des documents écrits que l’on peut se procurer soit par abonnement soit par achat direct de séries classées dans les rubriques traditionnelles : histoire, géographie, sciences, etc. Il n’est pas question ici de préconiser la production de certaines firmes plutôt que d’autres, cependant vous trouverez à la fin de cette brochure, dans des pages annexes, quelques adresses de maisons qui, à notre sens, fournissent des documents sérieux et intéressants

2° Les journaux pédagogiques

Les journaux pédagogiques incluent parfois entre leurs pages des hors-textes en général intéressants. D’autre part, ces journaux contiennent en particulier des textes de français, des poésies, des pages de lectures  historiques ou géographiques qu’il suffit de découper et de coller sur feuilles de carton ou de papier pour permettre leur classement et leur rangement. Nous donnerons quelques références dans les pages annexes.

 3° Revues diverses

Il suffit de s’arrêter quelques minutes devant l’étalage du marchand de journaux pour avoir l’occasion d’apprécier la belle présentation et l’intérêt de nombreuses revues mensuelles. Il est certain que nous pouvons trouver là de riches moissons de documents. Malheureusement ces documents ne peuvent trouver place dans notre fichier qu’au prix de savants découpages auxquels on se résoud rarement pour ne pas abîmer l’ensemble de la revue. Dans ce cas, il suffit de glisser simplement une fiche blanche dans le fichier, fiche munie en haut d’un numéro de classification se rapportant à l’article qui a retenu notre attention. (Voir au chapitre suivant le mode d'emploi du système de classification préconisé.) La revue quant à elle, ne peut être classée que dans l’ordre de son numéro de parution.

Exemple :

Soit la revue : « Sciences et Avenir », numéro 163 du mois de septembre 1960. Voici quelles sont les fiches à glisser dans le fichier :

 N°60
Titre : Bull-dozer
-Sciences et Avenir n°163, p.462
-Journal scolaire : Echos de notre Vie, n°16

(On remarque que sur la même fiche, il peut y avoir des références à d’autres revues.)

 N°151
Titre : Le climat
-Sciences et Avenir n°163, p.465
« Pourquoi le climat change »
-Monographie agricole p.12
« Le climat de Neublans »
-Géographie générale, Gallouédec et Maurette :
« Le climat », p.85

(On remarque qu’il peut être fait référence soit à des études particulières, soit à des manuels scolaires.)

N°HI
Titre : La préhistoire
-Sciences et Avenir n°163, p.472, gravures préhistoriques du Val Camonica
-BT n°…
-SBT n°…

Les BT (Bibliothèque de Travail) et les SBT (Suppléments à la Bibliithèque de Travail) (voir les deux derniers paragraphes du présent chapitre), peuvent être classés directement dans le fichier suivant leur numéro de classification, car ces brochures ne traitent que d’un seul sujet par numéro. Dans ce cas elles ne figurent pas sur la fiche ci-dessus. Par contre si elles sont classées à part selon leur numéro de parution, elles sont alors mentionnées sur la fiche de référence au même titre que les autres revues.

N°143
Titre : Le plancton
-Sciences et Avenir n°163, p.483

N°153
Titre : Le froid
-Sciences et Avenir n°163, p.490
« Nos réfrigérateurs »
-BT n°152
« Les animaux et le froid »

N’oublions pas cependant que le fichier doit être accessible à l’enfant, dans la plupart des cas, et que parfois certains articles de revues sont trop compliqués pour lui. Dans ce cas, le maître, qui les a lus, peut cheniller en marge les passages que l’enfant peut lire avec profit et annoter les photographies qu’il pourra observer.

Bien sûr, le maître peut toujours faire une sorte de digest, c’est à dire résumer et adapter au niveau de l’enfant les articles de revues écrits pour des adultes. Mais si ce travail est fort intéressant et très efficace, il demande beaucoup de temps et ne pourra être entrepris que dans un petit nombre de cas.

 4) Journaux divers :

Presque tous les quotidiens font apparaître de temps à autre des reportages forts intéressants qui au prix d’une adaptation sommaire peuvent être utilisés dans nos classes. De même, il arrive souvent que les quotidiens ou les hebdomadaires régionaux s’assurent le concours de spécialistes locaux et font paraître des pages peut-être peu prisées par les lecteurs de la rubriques des chiens écrasés mais qui présentent un grand intérêt pour notre enseignement géographique ou historique. Il ne faut pas négliger cette source précieuse de documentation d’où nous tirerons de nombreuses fiches d’histoire et de géographie locale.

 5) Les journaux scolaires :

Les échanges scolaires pour ceux qui pratiquent la correspondance interscolaire sont aussi une bonne source de documents. Les enquêtes des correspondants, leurs réponses à nos questions, certaines pages de journaux scolaires (rappelons que les journaux scolaires écrits et imprimés par les enfants et contenant des textes libres, des enquêtes dans le milieu des éléments de géographie et d’histoire locales, sont des opuscules de format 13,5x21 en général et sont échangés avec d’autres écoles) que nous recevons de tous les coins de France, sont dignes de figurer dans notre fichier et y apportent de nombreux éléments d’authenticité et de vie.

6) les cartes postales :

Il n’est pas besoin d’insister sur leur valeur en tant que documents géographiques et même historiques pour peu que les enfants se mettent à fouiller dans les archives familiales. Mais, bien sûr, un choix s’impose. Certaines « vues générales », par exemple, n’ont aucune valeur pédagogique.

La correspondance interscolaire doit fournir un grand nombre de cartes postales, ainsi que les voyages de vacances des uns et des autres. 

7) Les documents des syndicats d’initiatives.

Les offices de tourisme de chaque ville envoient des documents concernant toutes les régions de France. Il suffit d’écrire ou mieux de faire écrire par le secrétariat de votre coopérative scolaire.

 8) Les apports des élèves :

Notons ici que la constitution du fichier documentaire de la classe est une oeuvre coopérative de longue haleine. A l’origine d’ailleurs, nous ne disions pas fichier documentaire, mais fichier scolaire coopératif ? Pour bien marquer d'une part que les enfants doivent participer activement à la recherche et au choix des documents, que ces documents sont utilisés sous forme d'un travail en commun, un travail coopératif, et d'autre part que les instituteurs, groupés au sein du mouvement Freinet, oeuvrent coopérativement pour mettre au point cet outil pédagogique nouveau.

Le présent ouvrage fait en quelques sorte le point de leurs recherches qui ont débuté il y a plus de 30 ans.

Les élèves apportent des quantités de documents. Chaque famille de nos jours reçoit un quotidien et souvent une ou plusieurs revues.  Les enfants se plaisent à découper tout ce qui peut intéresser l’école. C’est d’ailleurs pour eux un exercice très éducatif que d’apprendre à faire un choix parmi le fatras dans lequel ils devront puiser.

Quelquefois, ils découvrent dans quelque tiroir d’un meuble abandonné à la convoitise des rats et des souris, des papiers de valeur historique indéniable et qui à eux seuls pourront être le point de départ d’un riche complexe d’intérêt.

9)Les SBT « Suppléments Bibliothèque de Travail »

 Les SBT sont de petites brochures livrables par abonnement, ou au numéro, de format 15 X 23 cm ou 17 x 22. Elles se présentent selon différentes formules et l'on peut dire qu'elles apportent une aide constante au travail d'une classe dans tous les domaines.

 a) Il y a d'abord celles qui ont rassemblé des morceaux choisis d'écrivains connus et réputés sur un sujet donné. Exemple : le numéro 150 intitulé : «Sur le chemin de l'aventure ». Autre exemple - le numéro 70.

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 A l'intérieur, les 24 pages contiennent 24 textes de Van der Meerch, d'Albert Samain de Romain Rolland, de Balzac, de Maxime Gorki, d'Alphonse Daudet, etc...

 Citons au hasard d'autres brochures du même genre : « Couleurs d'automne » ; « Hiver » ; « La peine des hommes » ; «Le vent » ; « Paris » ; « La nuit » ; «Le soleil» ; « La forêt » ; « Les pays froids », etc... La liste complète se trouve dans les pages annexes de la fin.

 b) D'autres brochures de la même édition proposent à l'enfant des expériences à partir d'un matériel simple construit à l'aide d'objets de la vie courante (morceaux de bois, verrerie, ferraille, stylos à billes, vieilles chambres à air, valves, etc). L'enfant est guidé dans la construction de son matériel d'expériences, et guidé ensuite pour la réalisation des expériences elles-mêmes.

 Le sommaire et une page du SBT numéro 72 intitulé : «Expériences, balances et pesées » par G. Jaegly et P. Bernardin, donneront une idée de la valeur pédagogique de cette catégorie de brochures.

 Sommaire : La plus simple des balances - La plus simple des bascules - Une balance simple - Une autre balance à fléau - Une balance Roberval - Une balance sensible - Une balance romaine -Balance à ressort - Peson - Pèse-lettres - Ta balance est-elle juste? - Pèse juste avec une balance fausse - Ta balance est-elle sensible? - Fabrique un poids de 1 dg – Capacités d’un flacon – Trouver un nombre de clous sans les compter.

 Et voici le fac similé de la page 12 :

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D'autres titres: «Le son»; «Le petit chimiste » ; «Le principe d'Archimède» ; «24 expériences avec des règles de bois » ; «La force de l'eau», etc...

c) Une troisième catégorie de SBT permet des travaux d'histoire naturelle. Le numéro 112 : « Notre coeur » propose un découpage à partir de croquis en couleur qu'il suffit de coller sur du contreplaqué, et allie ainsi le travail manuel à l'enseignement scientifique.

 Les numéros 81 et 82 sont des guides très complets pour l'élevage des papillons et des chenilles. Nous extrayons de la préface :

 «Nous avons voulu réunir dans une brochure simple, lisible par les non-spécialistes et les enfants, des informations et des conseils sommaires, qui permettent de réussir immédiatement un élevage facile de chenilles.

 Quand viennent les beaux jours, il, ne se passe pas de semaine sans que les enfants apportent une chenille ou une feuille chargée d'oeufs, ou un papillon qui va pondre. C'est une joie sans lendemain car nous ne savons ni comment nourrir les chenilles, ni comment préparer l'éclosion des oeufs Cette brochure évitera beaucoup de déboires.

 Mais on peut en tirer un plus grand parti et lancer les enfants dans l'élevage d'espèces simples. Avec l'éclosion d'une fleur, le mystère des germinations, rien n'est émouvant et mémorable comme la naissance d'un papillon»,

 d) Dans cette même collection, nous trouvons aussi des brochures géographiques. Exemple : les climats, brochure comprenant une série de fiches-guides qui proposent des travaux pratiques. Les numéros 90 et 91 sur la Préhistoire et l'Egypte forment un ensemble de 36 fiches détachables, un cahier de travail individuel complété par des réalisations en équipes de maquettes, de dioramas, d'enquêtes, de conférences d'enfants.

 Les plus nombreuses références pour un travail de recherche renvoient à la collection des brochures « Bibliothèque de Travail », dont nous allons parler dans le paragraphe 10 qui clôt ce chapitre.

 Les brochures de géographie et d'histoire dont nous venons de parler, sont de véritables manuels, mais non pas des manuels à la mode du jour - copieux, luxueux, colorés, séduisants peut-être au premier abord, véritables livres d'art, mais malheureusement insensibles aux impératifs d'une pédagogie qui a évolué, manuels qui ignorent parfois même l'esprit des instructions officielles. Trop riches, trop jolis, et ajoutons, trop chers, ils ne sont pas des instruments de travail.

 Nos manuels sont, eux, des manuels de travail : ils invitent l'enfant à la recherche, mais en le guidant pas à pas. Ils lui proposent des travaux en lui indiquant les sources de documentation et en lui traçant des schémas constituant en quelque sorte la trame de son travail.

 Voici comme exemple, le fac-similé d'une page du SBT: «La préhistoire»:

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Est-il besoin de faire remarquer que ces brochures manuels de travail, sont particulièrement bien adaptées aux classes du cycle d'observation et qu'elles répondent à l'esprit et à la lettre des nouvelles instructions officielles ?

 Comme celles-ci nous y invitent, comme l'exige une préparation intelligente des enfants à aborder la culture, nous voudrions que l'élève soit l'artisan majeur de son propre savoir, qu'il participe activement à la recherche et à la « traduction» des documents, que toute lecture s'exprime par un compte-rendu, par un croquis, que les expériences soient réalisées sur la table de travail, en prenant des notes, que graphiques et cartes soient son oeuvre Le complexe de travail des SBT répondent à ces soucis. (Voir la liste complète des SBT en annexe).

 10) Les BT (Brochures Bibliothèque de Travail)

 A vrai dire, lorsque l'on parle de documents illustrés à l'usage des élèves des classes primaires ou du cycle d'observation, voire des classes de 4e et de 3e, c'est à la collection «Bibliothèque de Travail» que l'on pense aussitôt.

Cette collection est à ce point importante que l'on se demande parfois s'il est besoin de partir à la recherche d'autres documents.

 Songez que le dernier fascicule paru (à la date du 15 février 1965) porte le numéro 600, ce qui signifie en clair que la classe qui possède toute la collection dispose en permanence de plus de 16000 pages de textes illustrés.

 Tous les documents dont nous avons parlé précédemment, mis à part les SBT, ont le grave défaut d'avoir été écrits pour des adultes. C'est le maître qui doit les lire, les repenser, parfois les récrire pour les rendre compréhensibles par les enfants. Et cette besogne est longue, difficile et délicate.

 Ce travail d'adaptation, des équipes de l’Institut Coopératif de l'Ecole Moderne l'ont réalisé, et ce qu'elles ont bâti constitue aujourd'hui un véritable monument unique dans l'histoire de la pédagogie.

 Il est unique, non seulement par le nombre et la qualité des questions qui y sont traitées (et nous en donnerons plus loin un aperçu), mais par cette réalité exceptionnelle que ces 16 000 pages ont été écrites par des instituteurs avec la collaboration des enfants. En ont été éliminés les idées, les mots et les phrases que les enfants risquaient de ne pas comprendre.

 Les BT peuvent être mises directement entre les mains des enfants. C'est un outil dont ils peuvent se servir eux-mêmes.

 Certes n'importe quelle maison d'édition peut jeter sur le marché (et elles ne s'en font pas faute) des livres bien illustrés et apparemment bien documentés. Il leur suffit de s'attacher les services d'un rédacteur salarié plus ou moins spécialiste.

 Or, en vue du travail essentiel d'adaptation des BT, l’Institut Coopératif de l'Ecole Moderne a mobilisé pour chaque brochure non seulement l'auteur ou les auteurs, mais les élèves de leurs classes, puis d'autres instituteurs et d'autres élèves qui l'ont « essayée », qui l'ont contrôlée.

 Des techniciens, des spécialistes (instituteurs ou non) en ont vérifié le contenu, ont fait une chasse impitoyable aux erreurs involontaires qui auraient pu s'y glisser. Au total, une centaine de collaborateurs volontaires par brochure.

 Ajoutons que cette collaboration est bénévole, enthousiaste et que son ampleur permet à chacun de s'occuper strictement de la question qui l'intéresse, qu'il a déjà approfondie pour son compte, pour son plaisir personnel et qu'il est le plus apte par sa compétence à développer avec une perfection maximum. Ainsi, pour prendre un exemple - la BT «Le massif Jurassien» de Julien Masson, est le fruit d'une longue étude d'un instituteur connaissant parfaitement son département, aidé par de nombreux camarades habitant les différentes petites régions naturelle du jura et du Doubs, qui lui apportèrent des documents de première main. Son travail terminé envoyé à des commissions de contrôle, revenu critiqué, fut remis sur la sellette et supervisé par le professeur de géographie de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Lons-le-Saunier. Quant à l'illustration, elle demanda de nombreux déplacements sur le terrain et chacune des photographies retenue colle vraiment au texte, est la meilleure de toutes celles qui peuvent exister.

 Il va sans dire qu'un tel travail, mené dans de telles conditions, avec un tel sérieux, une telle exigence, apporte à l'utilisateur une garantie qu'il ne trouvera nulle part ailleurs.

 Et ce processus de travail s'est renouvelé selon le même scénario, avec la même recherche de perfection, pour toutes les brochures de la collection... à tel point que certains projets n'ont jamais vu le jour uniquement parce que manquait soit une illustration soit un document jugé nécessaire par l'auteur ou par la commission de contrôle.

 Çomment se présente l'une de ces brochures.

 Il s'agit d'un fascicule 23 x 15 cm sous forte couverture cartonnée.

         A l'intérieur : 4o pages de textes et de gravures dont 24 sur un sujet donné ; chaque page étant composée d'une dizaine de lignes très lisibles, imprimées sur papier glacé et accompagnées d'un dessin ou d'une photo­graphie qui vient soutenir le texte « collant» à lui en quelque sorte.

 Généralement la moitié d'une page est réservée à l'illustration. Ainsi dans la BT double portant les numéros 516-517 : « Un village de l'Oise de 1789 à 1815 », à la page 11, au-dessus d'une reproduction photographique d'un dessin de la Bibliothèque Nationale, représentant des sans-culottes, hommes et femmes dansant et chantant autour d'un « arbre orné de cocardes et surmonté d'un bonnet phrygien », on peut lire le texte suivant : « L'arbre de la Liberté ».

Au Coudray, comme dans la plupart des villages, on plante un arbre de la Liberté. C'est un peuplier, un peuple comme l'on disait. L'arbre, orné de rubans tricolores, est planté en grande cérémonie sur la place publique en présence de la Municipalité, de la Garde Nationale et de la population. Il grandira pendant 25 ans sans incident.

 Au village voisin, Le Landelle, l'arbre de la Liberté est tailladé à coups de couteaux, peut-être par des royalistes. On est indigné; on sonne la cloche. Le comité de surveillance enquête. Un citoyen passe, demande pourquoi on sonne, on le lui dit, il répond :

 « Ah, ce n'est que cela, ce n'est pas grand-chose, je m'en va ».
Voilà un homme qui sera suspect.
Une servante déclare qu'en allant chercher une cruche d'eau à la mare, elle a entendu des femmes dire qu'elles connaissaient l'auteur du délit. Comme elle ne peut rien préciser, on tient son témoignage pour « vantardise de commère ».
 

Finalement cette collection BT n'est rien moins qu'une encyclopédie à l'usage de l'enfant, aussi bien par l'ampleur des connaissances qui y sont accumulées, par l'étendue des notions qu'elle expose, que par la qualité de sa présentation et par sa valeur pédagogique exceptionnelle.

 Et cette encyclopédie s'enrichit, se complète au rythme de deux brochures par mois. Que ce soit pour l'étude de la géographie, de l'histoire, des sciences, des techniques, des sujets d'actualité, les BT apportent une documentation choisie souvent de première main.

 Jugez-en plutôt

 Géographie - « Dans les Alpages » ; « La Hollande » ; « Le Souf constantinois » ; « La Brie, terre à blé» ; «La ferme bressanne », etc, et la merveilleuse série des « Vie d'enfants » écrites par des éducateurs côtoyant journellement ces enfants de toutes les parties du monde : « Corentin le petit Breton » ; « Sounoufou, enfant du fleuve africain » ; « Walter, enfant de la Forêt Noire», etc...

 Histoire : « La guerre de 14 vue par un combattant » ; « Un village de l'Oise» ; « Waterloo » et toute la série de « Histoire de…», du pain, de l'écriture, du livre, de l'automobile, etc...

 Sciences - Tous les domaines de la science ont été explorés avec, par exemple pour la zoologie : «Les abeilles » ; « Sauterelles et criquets» ; « Le hanneton » ; « La taupe » ; et le merveilleux «Barbacane, grillon des champs », etc. Pour la botanique - «Les champignons»; « Belle plante qui es-tu? » série de brochures permettant une facile détermination «Le peuplier», etc. La géologie avec, par exemple «Beau fossile, qui es-tu? » ; «Le kaolin »; « Le silex»; « Géologie de la France,), etc. L'astronomie avec, par exemple - «Météorites et comètes ». L'agriculture et l'industrie avec: «Construis un poste de TSF»; «Le caoutchouc»; «Le maïs »; «Dans la mine»; «Le petit pois de conserve», etc.

Mais il faut classer
les documents

 

Nous voilà donc en possession d’une certaine quantité de documents de toutes sortes : quelques dizaines, bientôt quelques centaines, puis plusieurs milliers.

Si nous nous sommes contentés d’entasser toutes ces fiches, toutes ces gravures, toutes ces brochures sans aucun classement, cette riche documentation ne nous sera d’aucune utilité.

Aussi, dès que l’on a décidé d’entreprendre la constitution d’un fichier documentaire, doit-on en même temps poser et résoudre le problème de sa classification.

Il faut certes que notre fichier soit aussi riche que possible pour que nous soyons sûrs d’y puiser l’essentiel des documents qui nous sont nécessaires ; mais il faut éviter que cette richesse nous pèse et nous encombre, qu’elle étouffe notre liberté et complique notre activité.

C’est pour cela aussi qu’il ne saurait y avoir de fichier sans classification rationnelle nous permettant de trouver instantanément les documents précis dont nous avons besoin.

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Avantage et inconvénients de la classification alphabétique

 Dès l’abord, on peut penser que la classification la plus simple est la classification alphabétique. Le système alphabétique en effet, ne nécessite aucune préparation : il suffit de rechercher le mot que nous avons dans la tête et nous sommes sûrs de le trouver.

Malheureusement, ce système simple en apparence ne convient absoulment pas (du moins sous sa forme intégrale) à la classification de nos documents.

D’abord, parce qu’il apporte une telle dispersion de ce qui justement devrait être regroupé qu’il complique le problème au lieu de le simplifier.

 Supposons en effet que nous recherchions des documents sur « les eaux courantes » ; où allons nous trouver, dans ce fichier classé par ordre alphabétique, les fiches suivantes : eau ; fleuve ; rivière ; ruisseau ; source ; crue ; inondation ; débit ; torrent ; régime ; Seine ; cours ; lit ; vallée ; aval ; affluent ;… et j’en passe. On ne sait pas très bien. Nous risquons même après de laborieuses recherches de ne pas découvrir, perdu entre des fiches d’histoire ou de sciences, le document qui nous aurait été le plus précieux.

Puis, après avoir regroupé tous ces documents concernant le centre d’intérêt : « les eaux courantes » il faudra à nouveau les disperser tout au travers du fichier. C’est plutôt, il faut l’avouer, de l’anti-classification.

D’autre part, l’alignement sur un même plan d’idées très générales et de menus détails que nous impose l’ordre alphabétique, n’est ni rationnel, ni éducatif. Nous trouvons par exemple : « reptiles », puis requin et ressac. Où placerons-nous une fiche qui parle de la couleuvre : à reptile ? à serpent ? ou simplement à C couleuvre ? et si nous avions une fiche nous expliquant comment distinguer une couleuvre d’une vipère, où la mettra-t-on ? de même qu’une fiche sur le venin et son emploi en médecine ?

Très rapidement on s’aperçoit que la classification alphabétique nous pose plus de problèmes qu’elle n’aide à en résoudre. Il faut donc trouver autre chose.

La classification décimale ICEM

 Une commission de l’ICEM s’est donc mise au travail dans le but de trouver un système de classification sinon parfait du moins susceptible de donner à tous les éducateurs qui ne se contentent pas des manuels scolaires un moyen simple, pratique et rationnel de classer tous leurs documents.

La mise au point d’une classification idéale a été longue et délicate, car en effet, le propre d’une bonne classification n’est pas de permettre à l’habitué de s’y reconnaître, il est d’être si simple et si naturel, de principes si universels, que n’importe qui puisse l’utiliser aisément, et cela sans travail excessif de numérotation.

La commission ayant à sa tête notre camarade Lallemand, actuellement retraité à Gonfaron(Var), a essayé divers procédés, a recueilli les avis de nombreux utilisateurs, et est finalement arrivé à cette conclusion que seule, la classification décimale répond à nos besoins.

 
Qu’est-ce que la classification décimale ?

 Inventée par Mervil Devey, la classification décimale est pour ainsi dire une classification par centres d’intérêt, c’est à dire que pour classer un document, on ne regarde pas seulement son titre ou la lecture alphabétique initiale, mais l’idée même qui domine le document.

La classification décimale présente les avantages suivants :

-Aussitôt qu’un document est numéroté et classé, il rejoint automatiquement dans la collection tous les documents illustrant le même sujet.
-On peut donc y prendre et y replacer d’un bloc tous les documents répondants à un centre d’intérêt.
-Toute collection ainsi classée n’est pas un éparpillement comme dans la classification alphabétique, mais un ensemble homogène intéressant à consulter, une véritable encyclopédie qui, si elle n’est jamais complète, s’augmente de jour en jour.
-Il est toujours possible d’ajouter n’importe quel document sans numéro bis ni renvoi. On peut de même supprimer ceux qui sont devenus inutiles parce que périmés par exemple, sans que la belle ordonnance de la classification soit le moins du monde affectée.
-Si une subdivision paraît inutile (élèves jeunes ou insuffisance de documents) on peut la négliger en supprimant le dernier chiffre, le classement restera aussi sûr et aussi aisé.
-Si par contre, sous un même numéro, les documents deviennent trop nombreux, l’utilisation de l’ordre alphabétique vient parfaire les avantages de la classification décimale.
-Le numéro clé unique pour une même idée est valable pour toutes les collections : pièces de musée, fiches, cartes postales, diapositives, films fixes et éventuellement films animés.

Nous ne dirons ici  que très rapidement en quoi consiste cette classification ; un ouvrage à paraître : Pour tout classer, donnera toutes les indications utiles dans leurs moindres détails pour permettre à quiconque, en particulier aux enfants eux-mêmes, de classer tous les documents dont on dispose, et de trouver sans difficultés dans le fichier ceux qui sont nécessaires.

Utilisée depuis longtemps déjà par tous les éducateurs initiés à la pédagogie Freinet, cette classification a été récemment repensée et améliorée dans le sens d’une plus grande simplicité. C’est de cette classification décimale améliorée dont nous parlerons.

L’ensemble des connaissances et des idées humaines est divisée en douze grandes séries dont voici la liste, chaque série étant précédée d’un numéro, sauf les deux dernières histoire et géographie qui pour plus de commodité sont précédées des deux lettres H pour histoire et G pour géographie.

0 Notre travail
1 Le milieu naturel
2 Les plantes
3 Les animaux (zoologie)
4 Les autres sciences
5 Agriculture et alimentation
6 Travail et industrie
7 La cité et les échanges
8 La société
9 Culture et loisirs
H histoire
G géographie

Chacune de ces 12 séries est-même divisée suivant un principe décimal :

Exemple : la série « le milieu naturel »

10 Généralités
11 Les terrains (géologie)
12 Le relief
13 Les eaux douces
14 La mer
15 Le temps (météorologie)
16 Le ciel
17 La végétation

Enfin si la nécessité s’en fait sentir, et la nécessité s’en fera sentir dès que votre fichier sera bien garni, chacune de ces subdivisions pourra être à son tour subdivisée de la même manière.

Par exemple, nous avons beaucoup de documents classés au numéro 15 : « le temps », nous subdivisons comme suit :

150 Généralités
151 Climats et saisons
152 Prévisions du temps, stations météo
153 Température
154 Humidité
155 Vents
156 Pression atmosphérique

Dans la plupart des cas, cette subdivision poussée au troisième chiffre suffira amplement, mais cependant nous pouvons pousser plus loin notre souci de précision.

Supposons que nous possédions une dizaine de documents concernant les vents ; il est bien évident que ces dix documents placés dans le dossier portant le numéro 155 seront bien vite compulsés sans qu’il soit nécessaire de pousser plus avant notre classification.

Mais supposons que nous possédions au lieu de 10, une centaine de documents sur les vents, ce sera beaucoup plus difficile de trouver parmi eux ceux ou celui que nous recherchons, par exemple : « le blizzard ».

Eh bien à partir du troisième numéro de la classification décimale, il nous suffira si nous éprouvons le besoin de classer les documents par ordre alphabétique.

A ce stade la classification alphabétique perd tous ses inconvénients et reprend au contraire ses qualités de simplicité.

Ainsi nous aurons dans le dossier 155 :

A Alizés
B Bise
   Blizzard

   Brise
M Mistral
     Mousson
S  Sirocco
T  Tempête
    Tramontane
    Typhon

On voit par exemple ci-dessus, que le problème qui consistait à mettre au point une classification à la fois rationnelle, simple, pratique et éducative, à la portée des enfants à partir du cours moyen et même du cours élémentaire, a été résolu par l’ICEM d’une manière très satisfaisante.

Pour clore ce chapitre, donnons un exemple de recherche dans le fichier et inversement, un exemple montrant comment placer dans le fichier un document nouveau.

Nous recherchons de la documentation concernant les eaux courantes.

Nous savons que ce titre se trouver dans la série numéro 1 : le milieu naturel ; à l’intérieur de cette série, le dossier numéro 13 nous livrera tout ce qui concerne « les eaux courantes » ; enfin à l’intérieur de ce dossier, nous n’aurons aucune peine à trouver le numéro 131 : cours d’eau, sources, vallées, régime ». Tous les documents qui nous seront utiles seront groupés sous ce titre.

Disons d’ailleurs qu’un dictionnaire index facilitera les recherches.

Supposons maintenant que nous venions de découper dans une revue une fiche documentaire dont le titre est : « le gorille », où allons-nous placer cette fiche ?

Le gorille est un animal, donc pas d’hésitations nous inscrirons déjà en haut et à gauche de la fiche le numéro 3. Nous verrons ensuite que, à l’intérieur de cette série : les animaux, le numéro 32 est réservé aux mammifères ; nous ajouterons donc le 2 à la droite du premier chiffre ; enfin dans ce dossier le numéro 321 concerne les singes ; nous ajouterons donc le 1 et il suffira de glisser la nouvelle fiche à côté de celles portant ce même numéro : 321.

Nous arrêterons ici nos explications concernant la classification ; ces explications n’ont eu pour but que de vous donner une idée et les principes de cette classification. Si vous décidez de constituer un fichier de documentation, ne manquez pas de commander à la CEL (Coopérative de l’Enseignement Laïc) l’ouvrage qui vous sera indispensable : « Pour tout classer » de Roger Lallemand.

 

IL FAUT MAINTENANT
UN CLASSEUR
ET UN MODE DE RANGEMENT

 

Il ne suffit pas de posséder des documents, puis d’avoir adopté une technique de classification rationnelle, encore faut-il ranger les documents classés.

 Il y a bien des façons de ranger les documents.

Nous présenterons ici des indications pratiques des témoignages sur des réalisations diverses, les unes très rudimentaires, mais suffisantes au début, d’autres plus complexes, plus étudiées. 

A la lecture des exemples qui vont suivre, chacun pourra choisir suivant le temps dont il dispose, suivant la somme de documents qu'il possède, et suivant aussi son plus ou moins grand goût de collectionneur et de bricoleur. 

Nous verrons successivement différents modes de rangements puis les boîtes et meubles qui devront recueillir nos documents rangés. Certains de ces meubles sont des modèles du genre; ils ne sont pas à notre connaissance, commercialisés, mais il ne fait aucun doute que leurs auteurs pourront sur votre demande vous indiquer comment vous les procurer.

         Nous présenterons aussi le classeur simple et bon marché, réalisé par la CEL dont l'avantage primordial est son prix minime et aussi qu'il est à votre disposition quelques jours après que vous avez déci  dé de constituer un fichier documentaire. Il est conçu pour tous ceux qui n'ont pas le temps ou pas le goût de fabriquer eux-mêmes leur classeur et qui n'ont pas la possibilité pratique ou financière de faire fabriquer un meuble par un artisan.

 

I. DIFFERENTS MODES DE RANGEMENT

 a) Le rangement à plat

 Disons tout de suite qu'il présente un avantage il ne nécessite pas de classeur spécial. En effet, des feuilles, quel que soit leur format, rangées à plat, peuvent trouver place dans les traditionnels placards qui encombrent nos classes, dans des tiroirs ou sur des étagères. Les dossiers qui les contiennent peuvent même se mettre sur une table, dans un coin de la classe.

 Je pense qu'il est inutile d'insister : tout le monde connaît ce genre de rangement que l'on pouvait observer autrefois dans tous les bureaux de toutes les administrations.

Mais les bureaux modernes ont depuis longtemps abandonné ce classement horizontal. D'abord parce que les documents s'entassant, les piles devenaient de plus en plus hautes et si par malheur un geste maladroit déséquilibrait l'échafaudage, quelle catastrophe.

 Et puis, comme par malice, c'était toujours le document se trouvant au bas de la pile dont on avait besoin et les manipulations étaient longues, fastidieuses et fatigantes. 

Depuis longtemps, le rangement horizontal a disparu pour faire place au rangement vertical. Ajoutons que, dans nos classes, nous avons une raison supplé­mentaire de ne pas l'adopter : c'est que les enfants éprouveraient bien plus de difficultés encore que des adultes entraînés pour sortir et pour remettre en place les documents, et que les risques de mauvais rangement seraient bien plus grands.

Certes, tant que l'on ne possède que quelques fiches et gravures, on peut toujours se permettre de les entasser les unes sur les autres, mais dès que leur nombre augmente, il faut penser au rangement vertical.

 b) Le rangement vertical

 C'est le rangement à peu près universellement adopté aujourd'hui dans les bureaux, magasins, admi­nistration et écoles.

Comme son nom l'indique, il consiste à placer les documents non plus à plat, mais debout.

« Mais alors, il faut que les feuilles soient rigides, donc qu'elles soient en carton ou collées sur carton ».

 Certes, à première vue il semble que ce soit là la condition «sine qua non » pour réussir un tel rangement. Mais on verra que l'ingéniosité des uns et des autres permet de ranger verticalement de simples feuilles de papier ordinaire. Mais voyons d'abord les documents sur carton.

 Un fichier documentaire constitué par des documents cartonnés est à n'en pas douter une belle réalisation. Les premiers fichiers réalisés par les camarades appartenant au mouvement Freinet étaient en carton, en particulier celui de l'école Freinet à Vence.

 Dans ce cas, rigides, les documents sont très maniables ; si le carton est de bonne qualité, ils ne s'abiment pas ou très peu. Leur retrait du fichier et leur remise en place se font très facilement. L'ensemble laisse une impression de belle ordonnance qui non seulement plaît à l'oeil, mais aussi facilite le travail, donne envie de consulter les fiches, et encourage à continuer la chasse aux documents. Ces considérations ne sont pas à négliger et les amoureux du travail bien fait y trouvent incontestablement leur compte.

 Malheureusement les documents qu'il est possible de se procurer maintenant sont rarement sur carton, ce qui oblige à un travail de collage. Ce travail d'ailleurs peut être fait par les enfants au cours de séances de travail manuel. On entasse durant plusieurs semaines, dans une grande boîte tout ce qui est apporté en classe par le maître et par les élèves, et puis, un beau jour, on se munit de ciseaux de colle et de carton, et l'on se met à coller à tour de bras. Mais, si j'ose ainsi m'exprimer, «ça ne colle pas toujours». Il y a parfois des retraits au séchage qui gondolent les feuilles collées ; il y a des morceaux découpés qui disparaissent dans la corbeille à papier ou qui refusent de trouver place sur la surface qui leur est impartie ; il y a enfin des textes recto-verso qu'il faut ou abandonner ou recopier. Et puis, ce travail devient, à la longue, fastidieux ; et puis le carton coûte cher; et puis l'on est amené à choisir un format donné et à s'y maintenir (en principe 3 formats : format carte postale, 13,5 X 21 et 21 X 27) et puis... et puis... Bref, pour toutes ces raisons et pour d'autres encore, ne serait-ce que le manque de temps, il n'est plus possible de recommander l'usage de documents sur carton pour la constitution de notre fichier documentaire.

 Il nous faut donc envisager des procédés qui permettent de profiter des avantages du rangement vertical sans subir les inconvénients des fiches rigides.

 Passons donc en revue quelques procédés utilisés dans diverses classes et qui ont donné satisfaction à leurs utilisateurs.

 1) Utilisation d'enveloppes

 Achetons des enveloppes format 15 X 22 de qualité ordinaire à languette. La languette est inutile, on peut la supprimer ou la rabattre à l'intérieur. Je range dans ces enveloppes tous les documents sur papier ordinaire du format courant 13,5 X 21.

 Il est facile de loger dans chaque enveloppe une cinquantaine de fiches sans difficulté. L'ensemble est très rigide et supporte très bien le rangement vertical dans un meuble classeur ou dans de simples boîtes en contreplaqué faciles à fabriquer.

 2) Dossiers simples

 «J'ai choisi une formule toute simple pour contenir les documents portant un même numéro : les dossiers, écrit notre camarade Bourdarias (Corrèze). L'expérience de dix années me prouve que les documents non cartonnés ne se détériorent nullement dans un dossier placé verticalement, dos en bas.

 Chaque dossier porte le numéro de classement, encadré, pour ne pas le confondre avec les documents de même format qu'il contient».

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Le croquis numéro 1 qui représente l'un de ces dossiers ouvert montre comment y sont placés les documents de différents formats.

 « Notons qu'il convient, dans la mesure du possible, d'acquérir des dossiers d'un format légèrement supérieur pour pouvoir y glisser sans difficultés et sans risque de détérioration certains documents dépassant les dimensions courantes ».

 Quand un dossier est trop rempli, on peut aisément le dédoubler.

 Beaucoup de nos dossiers sont encore vides, après dix ans de chasse aux documents, mais nous nous gardons bien de sortir du fichier ces dossiers qui paraissent inutiles ; d'une part ils peuvent se garnir d'un moment à l'autre, d'autre part, l'ordre de numérotage de l'ensemble est plus apparent et les recherches plus faciles.

 De tels dossiers se trouvent facilement dans le commerce. De dimensions 32 x 25 cm, ils ne sont pas très coûteux. La dépense ne devient importante que si « l'on voit grand » et que l'on veuille préparer dès le début l'ensemble des dossiers pour tous les documents, que l'on possédera... plus tard. Dans ce cas bien sûr, il faut au moins 120 dossiers (les douze grandes séries de la classification décimale subdivisées en 10). Et si l'on veut pousser encore plus loin la subdivision, on arrivera à 1 200 dossiers, mais répétons qu'au départ, les 12 dossiers seront amplement suffisants.

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Toutefois, Bourdarias, qui a préparé un fichier très complet nous explique comment il s'y est pris :

 «J'ai tourné cette grave difficulté (le prix élevé de nombreux dossiers) en achetant au poids, dans une papeterie, du carton paille rigide que j'ai fait découper selon un format convenable. Prix : 50 kilos pour 30 à 40 francs en 1963.

 Ce n'est pas luxueux mais largement suffisant car il ne faut pas croire que les dossiers sont souvent manipulés, une à trois fois par an au plus ».

 Nous voilà donc munis de 12 dossiers achetés dans le commerce ou fabriqués. Ces 12 dossiers seront immédiatement numérotés:

               0              Notre travail
              1               Le milieu naturel
             2              Les plantes
                         etc...

 et immédiatement placés dans le meuble classeur ou dans une simple boîte. Il ne nous reste plus qu'à attendre l'arrivée des documents qui vont les remplir. Ces documents, nous allons les répartir en vrac dans nos 12 dossiers.

 Voilà une gravure représentant une vache ; nous la glissons dans le dossier 5 «Agriculture et alimentation» ; une autre concernant le « Concours général agricole», dans le 20 également; un compte rendu d'une conférence de Lionel Terray: «L'escalade du Jannu » ; nous le mettons dans le dossier 1 - « Le milieu naturel » ; une gravure de la Mer de glace, dans le dossier

1 également. Il n'est pas besoin de pousser plus loin ces exemples.

 Certains dossiers se rempliront plus vite que d'autres en particulier ceux qui sont numérotés 3, H ou G. Tant qu'il n'y aura que 10, 20 ou même 30 documents dans un dossier, il est inutile de subdiviser la classification, mais si les documents continuent à s'accumuler, le moment est alors venu de subdiviser. Voilà par exemple le dossier 1 qui est trop gonflé ; le moment est alors venu de préparer 10 autres dossiers

10                Généralités
11            Les terrains

12            Le relief
               etc...

dans lesquels nous allons répartir tout ce que contenait l'unique dossier I.

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3) Les pochettes

Notre camarade Duport instituteur à Escource (Landes), utilise pour classer ses documents, des pochettes qu'il fabrique lui-même très rapidement d'ailleurs car elles sont très simples.

« Une pochette, écrit-il, est une feuille de papier fort qui, une fois pliée en deux a comme dimensions 22 X 18 CM. Deux agrafes sont fixées au bas (croquis 2). La pochette est donc ouverte sur deux côtés en haut et à droite. Le numéro de classification est placé en haut et le titre au milieu. Les pochettes sont de couleurs différentes : jaunes pour le français, vertes pour les sciences, roses pour la géographie, etc.

Dans chaque pochette je mets toutes sortes de documents pliés ou non. Il y a à peu près 300 pochettes dans mes tiroirs ».

Car Duport range ses pochettes dans les tiroirs d'un meuble qu'il a conçu spécialement pour cet usage et dont nous parlerons ultérieurement.

4) Les dossiers suspendus

Les dossiers suspendus sont employés dans presque toutes les administrations ayant à classer de nombreux papiers.

Il existe, dans le commerce des meubles très perfectionnés et... très chers contenant des dossiers suspendus selon diverses conceptions. Il existe aussi des «bacs à classer » à roulettes pivotantes munis de glissières sur lesquelles se placent et glissent, les dossiers suspendus à des tringles. Prix de l'un de ces dossiers : 2 francs environ et celui d'un bac : minimum 200 francs (prix de 1964) ; contenance - 80 dossiers. L'ensemble est certes pratique quoique insuffisant pour nos classes. Le prix sans être prohibitif n'est cependant pas à la portée de toutes les écoles.

Heureusement il est possible de fabriquer soi-même des dossiers suspendus et des classeurs pour les suspendre, sans grandes difficultés et pour un prix de revient très bas.

 Précisons tout d'abord l'intérêt des dossiers suspendus :

 Ils se manipulent avec une grande facilité.

 Ils permettent de ranger des documents de tous formats, de toutes origines, de toutes qualités, aussi bien des cartes postales rigides que des articles découpés dans des journaux ou revues. Peuvent y prendre place, aussi bien la simple feuille de cahier, que des pages de journaux pliées ou des chemises contenant elles-mêmes une série de documents. On peut aussi si on le désire y glisser des brochures (les brochures de la Bibliothèque de Travail ou les dépliants des Syndicats d'initiative par exemple).

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 On peut aussi très lourdement charger ces dossiers suspendus.

 En bref, ce sont de véritables fourre-tout particulièrement adaptés aux nécessités de la vie moderne et aux besoins des gens pressés dont le temps est précieux.

 Rien de plus simple que de confectionner un dossier suspendu.

 Découpez des bandes de contreplaqué de 1,5 cm de large et de 40 cm de long (ou faites-les découper par un menuisier, ça ira plus vite), ou encore, utilisez des lattes couvre-joints qu'il suffit alors de scier à la longueur de 40 cm. En une heure de travail, vous préparerez plusieurs dizaines de dossiers.

 Fixez ensuite à l'aide d'une agrafeuse ces bandes de bois à une chemise quelconque, de préférence un dossier du commerce de qualité dite «carte de Lyon » selon les indications de la figure 3.

 

II. BOITES ET MEUBLES DE RANGEMENT

 Mais quel que soit le procédé de rangement que vous aurez choisi, enveloppes, dossiers simples, pochettes, dossiers suspendus ou fiches cartonnées, il vous reste à répondre à la question : « Où mettre mes enveloppes, mes fiches, mes pochettes, suspendre mes dossiers ? »

 Ce sont, en commençant par les solutions les plus simples et les moins coûteuses, les réponses à cette question que nous allons maintenant exposer.

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1) Les boîtes

 Au début, durant quelques jours ou quelques semaines, une simple boîte fera l'affaire, même une boîte à chaussures et pour les dossiers suspendus une caisse en bois, quelconque, pas trop large et plutôt longue dont le croquis numéro 4 vous donnera une idée. Mais c'est là une solution toute provisoire. Examinons donc d'abord les boîtes-classeurs, nous verrons ensuite quelques meubles réalisés par des camarades.

 a) La boîte simple en contreplaqué... ou en papier journal (croquis 5).

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 Pour fabriquer l'une de ces boîtes, il suffit de découper dans des chutes de contreplaqué, 4 rectangles de 24 cm de long et de 16,5 cm de large, et deux autres rectangles pour les fonds de 16,5 x 17,5 cm de côté. (Tenir compte de l'épaisseur du contreplaqué).

 Clouer le tout à l'aide de « semences».

 Scier à 4 cm comme l'indique le croquis pour faire le couvercle et mettre deux charnières.

 Ajoutons que, d'une part, les grands élèves peuvent très bien confectionner de telles boîtes, et que, d'autre part, à l'aide d'une de ces boîtes (avant sciage du couvercle) servant de moule, il est aisé d'en confectionner d'autres, en entourant la boîte-moule de bandes de papier journal encollées selon la technique de fabrication des masques ou des assiettes en papier.

 De telles boîtes sont très solides parce que formées d'un seul bloc. Pour enlever le moule, scier comme l'indique le croquis quand le papier est bien sec, mais scier seulement le carton ainsi formé, et non le bois. La boîte en bois peut servir indéfiniment de moule.

 Prix de revient de telles boîtes : infime, même si l'on doit acheter le contreplaqué. (Chaque boîte demande une surface de 20 dm carrés environ. On peut en fabriquer 5 par mètre carré. Prix du mètre carré en 1964 : 6 francs environ). Si on les fabrique en papier elles ne coûtent strictement rien sauf quelques centimes de colle.

 A l'intérieur de ces boîtes il est possible de loger soit des fiches en carton format 13,5 X 21 cm, soit des fiches en papier dans des enveloppes, soit des pochettes soit des brochures de la Bibliothèque de Travail (format 15 X 22).

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D'ailleurs, les dimensions des boîtes données plus haut le sont à titre indicatif, vous pouvez bien entendu les modifier à votre gré ; toutefois, si vous les voulez beaucoup plus grandes, prévoyez du contreplaqué plus épais.

 Ces boîtes offrent un autre gros avantage en plus de leur prix insignifiant, c'est, d'une part leur maniabilité : on peut les déplacer sans peine, les apporter sur sa table de travail, se les passer de l'un à l'autre. D'autre part, elles peuvent se ranger n'importe où, dans un placard, sur une étagère, sur une table. Elles peuvent être groupées ou dispersées dans la classe.

 Dans le même ordre d'idées, la facilité et la simplicité de construction, le croquis 6 (gauche) représente un montage en liteaux qui permet de suspendre bon nombre de dossiers.

 Cette carcasse peut se placer où l'on veut, sur une étagère, sur une table. Si on veut la mettre dans un coin de la salle de classe il suffit de lui scier les pieds à la longueur désirée. 

b) Passons maintenant à des réalisations plus soignées.

 Voici d'abord une boîte intermédiaire entre les simples boîtes dont il est parlé plus haut et les meubles proprement dits.

 Le croquis 6 (droite) représente la boîte-classeur confectionnée par notre ami Poisson. Nous n'indiquerons pas les dimensions, le croquis étant assez parlant par lui-même et ces dimensions pouvant varier selon les documents que l'on veut classer.

 Poisson précise que les deux côtés du couvercle en contreplaqué débordent les côtés de la boîte, de sorte qu'elle est complètement fermée et que les documents sont à l'abri de la poussière.

 c) La boîte classeur CEL

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 La commission du Fichier de l'Institut coopératif de l'Ecole Moderne a réclamé pendant longtemps que la Coopérative de l'Enseignement Laïc (CEL) mette en chantier un meuble ou une boîte classeur et cela parce que malgré tous les plans que nous pouvions publier et malgré toutes les réalisations dues à l'ingéniosité de nombreux camarades, beaucoup de membres de notre mouvement et en général beaucoup d'instituteurs et encore plus d'institutrices auraient voulu trouver une boîte ou un meuble de classement tout fait, prêt à recevoir leurs documents et ce pour un prix non prohibitif.

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 La CEL a donc réalisé un classeur pour documents 21 X 27 et dossiers suspendus. Certes ce classeur n'est pas aussi perfectionné que l'aurait souhaité la commission, mais son grand avantage est d'être très simple et extrêmement bon marché ; ce sont ces deux impératifs qui l'ont emporté sur toute autre considération.

 La boîte classeur CEL est en contreplaqué renforcé aux angles (voir croquis numéro 7).

 Cette boîte peut contenir 20 chemises classeurs format 32 X 24 munies en leur sommet d'une réglette métallique qui les maintient suspendues dans les boîtes (croquis 8).

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Ces chemises possèdent un voyant avec un index contenant les numéros de la classification décimale.

On peut améliorer le glissement des dossiers en collant du plastique souple à cheval sur les deux côtés de la boîte qui supportent les dossiers (ou simplement avec du scotch solide). 

2) Les meubles

 Nous ne pourrons pas présenter ici toutes les différentes sortes de meubles-classeurs réalisés par nos camarades, cependant l'éventail sera assez large pour que chacun puisse faire son choix. Ajoutons cependant que tous ces meubles ont fait leurs' preuves et que leurs utilisateurs se disent entièrement satisfaits.

 a) Un coffre

 Le croquis numéro 9 représente le meuble réalisé par notre camarade Bourdarias à Moustoulat de Monceaux (Corrèze). «Dans mon coffre, dit-il, il y a deux sortes de casiers à documents ; 4 ou 5 casiers contiennent les documents de tous formats et de toutes provenances, y compris des plans-guides, des questionnaires qui ont déjà servis et des SBT. 2 à 4 casiers contiennent les BT. Sous ce coffre muni de pieds très solides, une étagère permet de ranger livres et revues divers ou documents en instance. »

 b) Un meuble-classeur pour fiches placées verticalement ou brochures ou dossiers rigides (enveloppes ou Pochettes). Le croquis 10 est suffisamment explicite pour ne nécessiter aucun commentaire.

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 c) Le meuble de Duport, instituteur à Escource (Landes).

 Ce meuble a été fabriqué en partant de matériaux de récupération. Il s'agit d'un vieux bureau de maître qui a été transformé pour les besoins de la cause...

 Chaque tiroir est divisé en trois  compartiments par des plaquettes de contreplaqué, pour empêcher les pochettes et les brochures BT de se coucher. La hauteur des tiroirs est à peine suffisante... il fallait user des moyens du bord.

 Il n'y a pas de glissière pour les tiroirs qui sont simplement posés dans les alvéoles. Ils glissent suffisamment.

 Le croquis numéro 11 représente le meuble vu de face (en haut) et un tiroir (en bas).

 A la suite de cette expérience, Duport nous dit qu'il recommande un meuble s'inspirant de celui qu'il a confectionné mais plus perfectionné. Il nous en donne le croquis et les dimensions (croquis 12).

 On y trouve de haut en bas :

 D'abord une série de 4 casiers servant à ranger les documents de grand format. Le couvercle est articulé par des charnières et permet d'ouvrir le devant et le dessus. Longueur de ces casiers : environ 45 cm, et hauteur 15 cm.

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 Puis série de 9 tiroirs de 25 cm de haut et de 18 cm de large.

 Enfin des placards occupent le volume restant.

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 d) Le meuble fabriqué par Masson, instituteur à Ruffey sur Peille (jura).

 Là encore le croquis en dira plus long que tous les discours ; il s'agit des dessins numéros 13 et 14.

 Dimensions : longueur 145 cm, hauteur : go cm, largeur : 40 cm, profondeur du bac : 24 cm.

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Naturellement ces dimensions peuvent varier suivant l'importance des documents à classer.

 On remarque très bien sur les croquis que ce meuble est divisé dans le sens vertical en deux parties : la partie supérieure est un «bac» qui reçoit tous les documents du fichier et les brochures BT et éventuellement SBT. La partie inférieure est un placard à étagères.

 On remarquera également que le meuble représenté par le croquis est un « hybride » ; sa partie supérieure, le «bac », est partagée en deux, la partie de droite permet de ranger les documents verticaux, l'autre moitié, munie de deux glissières qui sont de simples lattes clouées sur les faces arrière et avant, reçoit les dossiers suspendus.

 Masson, lui, possède deux meubles semblables, l'un pour les documents verticaux, est partagé en 10 casiers, l'autre est réservé entièrement aux dossiers suspendus.

 Coût d'un tel meuble à la date du premier février 1963 - 250 à 350 francs.

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e) Un meuble conçu par l'Institut Parisien de l'Ecole Moderne 

Ce meuble, mis au point par les camarades parisiens, devait répondre aux conditions suivantes

 - facile à construire ;
- utilisable horizontalement et verticalement
- superposable par éléments horizontaux ou verticaux ou en combinant les deux;
- présenter des surfaces planes pour le travail ou l'affichage ;
- admettre des tiroirs dans les deux positions (horizontale et verticale) ;
- les tiroirs B doivent permettre le rangement du fichier documentaire, quel que soit le système employé : enveloppes, chemises, pochettes et même classeurs-dossiers suspendus;
- les tiroirs A doivent permettre le rangement du petit matériel.

Ce meuble peut être réalisé soit en contreplaqué (1,5 cm d'épaisseur) soit en Novopan (2 cm d'épaisseur). Le contreplaqué assure cependant plus de rigidité.

 On peut prévoir la fixation des planches intérieures amovibles (par utilisation de barrettes) pour que le meuble puisse passer de l'utilisation horizontale en utilisation verticale (Voir croquis 15).

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 f) Le meuble-classeur scolaire «Fido», notre camarade Boyer, Le Broussan (Var) (croquis 16 et 17). 

Nous avons gardé pour la bonne bouche le meuble réalisé par notre camarade Boyer parce qu'il nous paraît à la fois le mieux étudié, le plus simple, le plus pratique et celui qui convient le mieux à notre travail.

 Ce meuble est en quelque sorte la synthèse du meuble-classeur et de la boîte-fichier et par cette originalité, il cumule les avantages de l'un et de l'autre.

 Il se compose d'éléments juxtaposables et superposables équipés soit de deux tiroirs, soit de trois tiroirs (2 petits et un grand) soit de quatre petits tiroirs.

 Les croquis qui suivent et les légendes qui les accompagnent donnent toutes les indications voulues sur cette ingénieuse réalisation. Notons simplement les avantages de cette conception :

 - Vous pouvez commencer par acheter un tiroir. Quand vous l'avez empli, vous achetez un second tiroir... puis un troisième... et enfin seulement le support. Le prix d'achat se trouve ainsi fractionné en petites sommes : autant dire que vous ne vous apercevrez guère de la dépense.

 Les tiroirs sont livrés avec leur couvercle et constituent des boîtes autonomes. L'achat du support n'est donc pas indispensable. Le couvercle est éliminé au moment où la boîte est convertie en tiroir. On pourra vous le reprendre et vous le rembourser à la livraison du support, pour le fixer sur d'autres boîtes.

 - Les boîtes pourraient être livrées avec un répertoire et avec 12 plaquettes portant le plan des 12 ensembles de la classification décimale.

 - Vous pouvez équiper votre «Fido»:

 soit avec 2 grands tiroirs soit avec 4 petits tiroirs soit avec 3 tiroirs, un grand et deux petits.

 - « Fido » peut être juxtaposé et superposé à des éléments identiques pour absorber la totalité de votre documentation.

 - Les grands tiroirs pourront être équipés soit avec des dossiers suspendus, soit avec des dossiers portefeuilles.

 Après avoir passé en revue les différentes boîtes et meubles-classeurs, il faut préciser que seule à notre connaissance, la boîte-classeur CEL est commercialisée.

 Cependant nous avons donné les adresses des camarades qui les ont réalisées. Il est toujours possible de leur écrire pour avoir des renseignements supplémentaires.

 L'Educateur, la revue du mouvement de l'Ecole Moderne et de l'Institut Coopératif de l'Ecole Moderne donnera éventuellement tous les renseignements si toutefois l'un de ces meubles venait à être commercialisé soit par la CEL, soit par une autre firme.

 

 

 

Deuxième partie

COMMENT UTILISER LE FICHIER

 Voilà donc notre fichier constitué d'un nombre plus ou moins grand de documents, tous classés selon la classification décimale de Lallemand, et rangés d'une manière ou d'une autre suivant ce dont nous disposons. Comment allons-nous utiliser cette richesse croissante?

 C'est ce que nous allons voir dans cette deuxième partie.

 Il y a certes de nombreuses façons d'utiliser les documents amassés. Cela dépend :

-de la personnalité du maître,
-de la pédagogie choisie,
-de la méthode de travail,
-de la classe qu'il dirige,
-du nombre d'élèves dans cette classe,

-de leur âge,

pour les CEG, de la discipline enseignée, etc...

 Il est bien évident que nous ne pourrons pas considérer tous les cas particuliers.

 Après avoir donné quelques idées générales qui selon nous doivent présider à l'utilisation du fichier, nous montrerons rapidement son emploi dans les différentes disciplines : français, calcul, sciences, histoire et géographie, et nous insisterons surtout sur le rôle prééminent qu'il joue lorsque la classe, rodée à la pédagogie Freinet fonctionne pratiquement autour du « complexe d'intérêts».

 Nous citerons dans ce cas des exposés précis et détaillés de quelques camarades.

 Chacun pourra alors adapter leurs exemples à son propre cas.

 Mais disons au préalable quelques mots sur l'utilisation matérielle du fichier.

 Nos documents sont soit en carton, soit le plus souvent en papier plus ou moins fort. Ces documents vont sortir du fichier, vont circuler entre bien des mains plus ou moins propres ; ils seront entreposés ici et là, sur une table, sur un coin d'étagère, dans des cases d'élèves, entre les feuillets d'un cahier, etc ; puis après un plus ou moins long voyage, ils seront remis en place... mais dans quel état?